Emmanuel Cordonnier : "PME et Télésanté"

Télémédecine | 17 sept. 2010
Point de vue de Emmanuel Cordonnier, vice-président du groupe de travail TICS du Syndicat National de l’Industrie des Technologies Médicales (SNITEM).
Les différents rapports sur la télémédecine et la télésanté s’accordent sur l’amélioration de la prise en charge sanitaire et sociale d’une part, et de création d’emplois industriels et de services d’autre part. Mais ils pointent le retard français sur le plan de l’usage des TIC dans la santé, en regrettant l’absence de grand champion français dans le domaine des dispositifs médicaux et des systèmes d’information de santé. Ils espèrent que ce domaines de l’eSanté encore en émergence mais très porteur (+25%/an) permettra de développer un nouveau secteur industriel fort. 
 
Emmanuel CordonnierNos fleurons mondiaux des télécoms, de l’informatique ou de la domotique sauront-ils s’associer aux quelques PME spécialisées dans les TICS, qui, selon les rapports, « peuvent difficilement trouver seules la viabilité économique, même si elles stimulent l’intérêt des professionnels de santé pour de nouvelles pratiques. » ?
 
Les rapports proposent que l’Etat « joue un rôle de motivation, d’entraînement collectif et moins de décideur », tout en lui laissant le rôle de régulation, en particulier sur les aspects de prise en charge et d’interopérabilité, sans laquelle « il ne pourra pas y avoir de développement de l’usage et de l’offre ». Tous appellent à une approche visant l’export.
 
Deux ans après ces rapports, où en sommes-nous ? Nous avons largement progressé dans la cohérence et l’harmonisation, tant du coté de l’Etat que des industriels, au moins au niveau du discours, comme a pu le démontrer la table ronde industrielle réunie par l’ASIP Santé à la fin juin 2010. 
 
Certainement aussi du coté des acteurs de santé, vu le nombre d’appels d’offres émis par les ARS ou autres. Certaines PME se positionnent avec succès sur ces appels d’offres, soit seules soit associées à des partenaires de plus grande taille. Les cahiers des charges intègrent de plus en plus les contraintes de respect des standards internationaux comme IHE, DICOM ou HL7. 
 
Sur le plan industriel, les TIC Santé sont au cœur de plusieurs initiatives régionales qui visent à créer des dynamiques, clusters ou autres, en particulier autour de pôles de compétitivité. Les investissements d’avenir (ex « grand emprunt »), citent la Santé comme un des domaines d’application privilégiés dans la priorité consacrée au « numérique » (4,5 Mds €). 
 
Toutes les énergies convergeant apparemment vers ce double objectif de développement d’une société plus solidaire (santé/social) et plus dynamique économiquement (industrie), on peut être confiant dans l’avenir.
 
Il convient cependant que ces efforts soient accompagnés sans être ni étouffées par des grands programmes trop lourds inaccessibles aux petits utilisateurs et PME, pourtant tous deux au cœur du potentiel de développement, et en minimisant si possible l’institutionnalisation ou la centralisation trop poussées qui pénalisent les projets. 
 
Le monde moderne est tout le contraire, à l’image d’Internet et son protocole IP qui a damé le pion à tous ces concurrents parce que fondamentalement basé sur des petits réseaux (les fameux 192.168…), basique (collisions fréquentes), décentralisé (pas de cœur), et ouvert. 
 
A condition de respecter la régulation et les standards, d’où le rôle prédominant de l’interopérabilité, la dynamique eSanté en France se développera si elle respecte ces principes, en favorisant les initiatives individuelles et en les accompagnant et les canalisant dans le sens de la régulation, au lieu de les organiser.
 
Les initiatives en cours par exemple autour des grands programmes de télésanté, télémédecine, informatique et imagerie médicale, qui sont la plupart du temps remarquablement bien pensées, doivent impérativement être aussi facteurs de développement des PME françaises et des usages déjà existants et ne pas ralentir les initiatives locales. Elles doivent s’appuyer sur des collaborations avec des PME, comme l’encourage les Pacte PME, et vérifier le bien fondé des promoteurs qui doivent justifier d’un réel savoir-faire en terme de produits et services dans le domaine. 
 
 
En maintenant la même exigence en terme de respect des règles communes (sécurité et respect du droit de la personne, clarification des principes juridiques et modèles de financement, interopérabilité), il conviendrait donc de mieux encourager la duplication sur le territoire d’initiatives réussies, souvent pas des utilisateurs volontaristes et des PME, en favorisant celles qui ont des perspectives à l’international. Pour être industrielle et pérenne, une solution ne doit pas nécessairement être portée par un grand. Elle suppose cependant que son promoteur soit focalisé afin de pouvoir diffuser largement son offre.
 
Dans un tel cadre, la collaboration des PME avec des multinationales, qui ont besoin d’elles pour innover, prend tout son sens, car elle est un formidable accélérateur de développement pour les acteurs industriels français et de garantie pour les utilisateurs d’avoir accès à des solutions de qualité.

Point de vue de  Emmanuel Cordonnier, vice-président du groupe de travail TICS du Syndicat National de l’Industrie des Technologies Médicales (SNITEM).